Manager RQTH depuis 8 ans, j'ai touché mes limites. Parlons enfin de la charge mentale de ceux qui accompagnent en entreprise adaptée.
Ce lundi matin, j'ai craqué et ça m'a appris quelque chose d'important.
Explosion de colère. Retour précipité en télétravail. Le genre de moment qu'on regrette profondément sur la forme, mais qui révèle un problème de fond que je ne veux plus laisser de côté.
Je travaille dans une entreprise adaptée (EA) et parmi mes missions : accompagner avec empathie des collaborateurs en situation de handicap, entre autres. Cela exige une résistance au stress élevée, une résilience constante, une disponibilité mentale sans faille. J'y crois profondément. J'accepte de le vivre au quotidien.
Ce lundi matin, j'ai touché mes limites.
Ce n'était pas un simple événement. C'était l'accumulation : des sollicitations permanentes, des urgences qui se télescopent, des "juste une minute" qui s'enchaînent sans fin. Le sentiment que mes propres besoins et limites ne sont plus entendus.
Je suis une personne ressource, par mon rôle comme par plaisir. J'ai les connaissances, l'ancienneté, la polyvalence pour aider mes collègues. J'aime le faire. Pourtant, cette disponibilité permanente s'est retournée contre moi.
Voici donc le paradoxe qui me frappe :
Je passe mes journées à prendre soin des autres, à les accompagner, à être disponible pour les équipes. C'est le cœur de ma mission en EA. Qui prend soin de moi ? Qui considère mes besoins, mes limites, ma disponibilité mentale ? Manager avec une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) : comment faire ?
Mon rôle implique d'être une ressource pour mes collègues. Je l'endosse avec sérieux. La question n'est pas de fuir cette responsabilité, plutôt de la rendre soutenable pour moi comme efficace pour l'équipe.
Le management bienveillant ne peut pas être à sens unique.
Nous parlons d'aménagements raisonnables pour nos collaborateurs. C'est essentiel. Parlons aussi de nos propres conditions d'exercice : notre charge mentale, notre droit à dire "pas maintenant" sans culpabilité, la nécessité de structurer les sollicitations pour préserver notre concentration et notre santé mentale.
Pour accompagner avec empathie, je dois d'abord respecter mes propres limites.
Alors oui, j'ai explosé ce lundi matin. Je regrette profondément la forme. Je ne regrette pas d'avoir mis le doigt sur des pratiques que je ne peux plus ignorer.
Je ne le ferai pas seul : je compte travailler avec l'équipe et la direction pour construire ensemble — personnes avec et sans handicap — des pratiques plus soutenables. Non pour m'isoler. Non pour être moins aidant. Pour durer. Pour rester un manager qui accompagne les équipes dans les meilleures conditions. Pour continuer à porter cette mission qui me tient à cœur.