Une semaine après avoir craqué, il est temps de faire le point. Toujours pour partager ce que cette expérience m'a appris sur moi-même et sur ce qu'on peut construire ensemble.
Ce qui s'est vraiment passé
Lundi dernier, j'ai craqué. Une situation ordinaire a suffi à faire déborder un vase que j'avais laissé se remplir seul, sollicitation après sollicitation. J'en ai parlé dans mon article précédent. Ce que je n'ai pas assez dit : personne d'autre que moi n'est responsable de ce débordement.
Le vase, je l'avais laissé se remplir. Sollicitation après sollicitation. "Oui" après "oui". Disponibilité permanente jusqu'à l'épuisement.
Ma part de responsabilité
Cette semaine m'a permis de prendre du recul. La vérité, c'est que j'ai une vraie part de responsabilité dans ce qui m'est arrivé.
Pendant 8 ans, j'ai construit une image de "personne ressource disponible en permanence". J'ai dit oui à tout. J'ai accepté d'être interrompu à tout moment. J'ai considéré que c'était mon rôle, ma valeur, ma contribution.
Au final, je me suis épuisé.
Ce n'est pas l'entreprise qui a créé cette pression. C'est moi.
Mon entreprise ne m'a jamais demandé d'être disponible 100 % du temps. Elle ne m'a jamais reproché de dire "non" ou "pas maintenant". Je me suis mis cette pression. Je n'ai pas posé de limites claires.
Manager avec une RQTH en entreprise adaptée, c'est naviguer dans un paradoxe permanent : accompagner les besoins des autres tout en ayant les siens propres. Dans mon cas, j'avais mis les miens de côté.
Ce que j'ai appris
1. La bienveillance envers soi n'est pas négociable
On ne peut pas prendre soin des autres durablement si on ne prend pas soin de soi. Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est une nécessité.
2. Dire "non" ou "pas maintenant" n'est pas un échec
C'est poser un cadre sain. C'est respecter ses limites. C'est permettre de durer.
3. Un système collectif ne suffira pas si je ne travaille pas sur moi
Je peux mettre en place des dispositifs — signalisation, code collectif, règles d'interruption —, mais si je ne change pas ma propre gestion, je reproduirai les mêmes schémas.
4. Demander de l'aide n'est pas une faiblesse
J'ai dû apprendre à reconnaître quand j'allais mal. À en parler. À accepter qu'on m'aide aussi.
Les suites concrètes
J'ai pu échanger avec la personne concernée. C'était important pour nous de le faire.
Avec le soutien de ma direction — et je tiens à le souligner ici — nous allons lancer un groupe de travail début mars pour construire ensemble des pratiques plus soutenables. Pas pour moi uniquement. Pour le collectif.
L'objectif : partager mon expérience, grandir sur le sujet, et apporter des pistes concrètes à toute l'équipe selon les besoins de chacune et chacun.
Ce ne sera pas une politique imposée. Ce sera une co-construction.
Parce que nous avons tous des besoins différents. Certains ont besoin de s'isoler physiquement. D'autres préfèrent le télétravail. D'autres encore fonctionnent très bien dans l'open space tant qu'il y a des règles claires.
L'idée, c'est de permettre à chacun de signaler ses besoins sans ambiguïté, et de respecter collectivement ces signaux.
Le chemin est long, mais il est nécessaire
Je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas "guéri" de cette semaine difficile. Je continue à travailler sur ma propre gestion, sur mes limites, sur ma capacité à dire non.
Mais je suis convaincu d'une chose : on ne construit rien de durable dans l'épuisement.
Si je veux accompagner encore les équipes avec empathie, si je veux continuer à porter cette mission qui me tient à cœur, je dois d'abord respecter mes propres limites.
J'espère que cette démarche, aussi imparfaite soit-elle, pourra inspirer d'autres managers — avec ou sans RQTH, en EA ou ailleurs — à faire de même.
Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu'une personne à reconnaître ses limites avant de craquer, alors cette expérience difficile aura eu du sens.