J'ai visionné la session de Stéphanie Walter à l'AxeCon 2026. Elle listait les objections qu'elle entend le plus souvent face à l'accessibilité numérique en entreprise. Et elle proposait pour chacune une façon de recadrer, de chiffrer, de convaincre.
J'ai hoché la tête pendant toute la session (merci Stéph, j'ai pu faire une séance supplémentaire de « musclage » de mon cou !).
Pas parce que c'était brillant ou révolutionnaire : juste parce que c'est exactement ce que je vis. Depuis des années. Dans des salles de réunion, des ateliers de sensibilisation, des réponses à appels d'offres.
Voici quatre légendes urbaines dont Stéphanie a parlé et que j'entends encore trop souvent.
Légende 1 : « Nous n'avons pas d'utilisateurs handicapés »
C'est la plus répandue. Et la plus facile à démolir.
14,5 millions de personnes (au bas mot) en France présentent au moins une limitation fonctionnelle sévère, soit 28 % de la population adulte (DREES, 2024). Ajoutez les situations temporaires : un bras cassé, une migraine, un environnement bruyant, un soleil en plein écran. L'accessibilité bénéficie à tout le monde, tout le temps.
Et puis, franchise totale : si votre site est inaccessible, vous ne savez pas qui essaie d'y accéder et abandonne. L'absence de données n'est pas une preuve d'absence d'utilisateurs handicapés, c'est juste la preuve que vous ne les voyez pas.
Légende 2 : « C'est le travail des développeurs »
Non. C'est le travail de tout le monde.
Un développeur peut coder un composant techniquement accessible. Si le designer n'a pas prévu les contrastes, si le rédacteur n'a pas rédigé des textes alternatifs, si le chef de projet n'a pas intégré l'accessibilité dans les critères d'acceptance... le composant sera conforme et le parcours utilisateur inaccessible.
L'accessibilité n'est pas une fonctionnalité qu'on ajoute à la fin. C'est une qualité qui se construit à chaque étape, par chaque métier. Les développeurs sont des acteurs essentiels. Pas les seuls responsables.
Légende 3 : « C'est trop complexe »
C'est complexe, oui, et encore. Je ressors à ce moment mon histoire du bouton stylé d'un côté avec un élément <button> équivalent + 4 cartes au Uno ! Et puis m...ince, ce n'est pas une raison de ne pas commencer.
La complexité de l'accessibilité vient souvent du fait qu'on essaie de tout faire en même temps. Auditer l'intégralité du site, former toutes les équipes, corriger tous les problèmes d'un coup et enfin attendre le prochain audit dans 3 ans. C'est le meilleur moyen de s'épuiser et d'abandonner.
Stéphanie Walter parlait de marathon, pas de sprint : je suis entièrement aligné avec elle. Commencer petit par une page, un composant, former une équipe. Tout ça, pour créer de l'élan en célébrant les petites victoires (ça vous paraît ridicule, ben je m'en fiche).
L'accessibilité se construit progressivement ou elle ne se construit pas. Et « progressivement » commence par « maintenant ».
Légende 4 : « On ne sait pas par où commencer »
Celle-là, je l'entends souvent comme un aveu d'impuissance. Et pourtant, je la comprends.
Ma réponse : commencez par un audit. Pas pour avoir un score de conformité à afficher. Pour savoir où vous en êtes et où votre équipe ou vos équipes en sont. Ensuite il faut prioriser et construire une feuille de route réaliste qui sera reprise dans votre schéma pluriannuel d'accessibilité numérique et vos plans d'actions annuels. Concentrez-vous à comprendre quelles erreurs sont les plus fréquentes et les plus faciles à corriger.
Un audit n'est pas une fin. C'est un point de départ. Et un point de départ vaut infiniment mieux que l'immobilisme.
Ce que Stéphanie Walter m'a rappelé
Que ces objections ne viennent pas de la malveillance (call me naive). Elles viennent plutôt de l'ignorance, du manque de temps, du fait que personne n'a encore montré concrètement ce que ça change… et puis aussi un petit peu de « ce n'est pas la technologie qui rend l'accessibilité difficile. Ce sont les personnes qui s'en foutent. » comme j'aime à citer Sheri Byrne-Haber.
Notre rôle, c'est justement ça : montrer, convaincre et démystifier. Encore et encore, avec pédagogie plutôt qu'avec frustration, même quand c'est le dixième « ce n'est pas notre priorité » de la semaine.
C'est épuisant. C'est notre métier. Et c'est aussi ma joie.
Cet article fait partie d'une série de retours sur l'AxeCon 2026, la conférence internationale sur l'accessibilité numérique organisée par Deque.
Sources : Stéphanie Walter, session « How to Convince People to Care and Invest in Accessibility », AxeCon 2026. Replay : deque.com/axe-con. DREES, Le handicap en chiffres, édition 2024.