J'ai suivi l'AxeCon 2026 en replay et j'ai visionné particulièrement la prestation d'Harris Schneiderman. Un développeur qui corrige des problèmes d'accessibilité dans son éditeur de code, sans jamais ouvrir un navigateur, sans jamais consulter un auditeur, avec des outils qui s'insèrent dans le workflow comme si c'était naturel.
Mon sentiment ? Partagé.
L'enthousiasme d'abord
Parce que pendant des années, quand un client nous demandait ce qu'on pouvait automatiser, la réponse ressemblait à quelque chose comme : « oui, alors on sait pas trop, il y a à peu près 30 % automatisable mais bon euh enfin voilà. »
Pas très convaincant.
Aujourd'hui, après avoir travaillé en profondeur sur les tests automatiques de l'API AxeCore, je peux enfin dire clairement ce qu'on peut en faire et ce qu'on ne peut pas faire, bref comment on utilise tout ça. Je vous assure ce n'est pas rien. C'est une vraie avancée pour nos clients, qui ont une demande forte sur le sujet, mais aussi pour nos équipes en interne.
La frustration ensuite
Parce que derrière chaque démonstration impressionnante, le discours commercial nous guette. La promesse que cette fois, ça y est, l'IA va tout changer. Que les outils vont tout faire à notre place. Que l'accessibilité numérique va enfin se résoudre d'elle-même.
Ce discours me fatigue. Pas parce qu'il est malveillant, mais parce qu'il est inexact. Et l'inexactitude en accessibilité numérique, ça a des conséquences réelles pour des personnes réelles dans la vie réelle.
Le vrai paradoxe
Les outils s'améliorent. Les résultats, eux, stagnent. 94 % des sites non conformes à l'EAA en 2026, six mois après son entrée en vigueur. Les mêmes six catégories d'erreurs depuis 2019.
Comment expliquer ça ?
- Parce qu'on confond l'outil et la solution.
- Parce qu'on pense que sortir l'humain de la boucle est le but ultime.
- Parce qu'on croit que la technologie peut se substituer à la compréhension.
Le niveau technologique ne le permet pas. Et surtout, surtout, surtout ce n'est pas le bon objectif.
Ce que je crois vraiment
Utilisons ce qu'on a à notre disposition. En conscience. Avec précision. Les outils automatiques et semi-automatiques font ce qu'ils font bien : détecter les erreurs répétables, accélérer les vérifications, libérer du temps. C'est précieux.
Mais la valeur ajoutée humaine, elle, doit se concentrer sur ce qui n'est pas automatisable. Sur le contexte. Sur l'expérience réelle des utilisateurs. Sur ce que les WCAG 3.0 commencent à nommer : pas seulement « est-ce que ça respecte la règle ? » mais « est-ce que ça fonctionne vraiment pour les personnes concernées ? » en étant contrôlé par des utilisateurs en situation de handicap.
Et il y a un sujet qu'on ne dit pas assez : les outils ont des biais d'interprétation. C'est à nous, professionnels de l'accessibilité, de travailler ce sujet chez nous avant de le porter chez nos clients. Balayer devant notre porte, en somme. Ce n'est pas facile. C'est pourtant notre responsabilité.
Chez Urbilog, c'est ma mission et je ne la mène pas seul : on continue toutes et tous ensemble, chaque jour, pour nos clients et pour une accessibilité numérique qui tient ses promesses.
Cet article fait partie d'une série de retours sur l'AxeCon 2026, la conférence internationale sur l'accessibilité numérique organisée par Deque.
Source : Harris Schneiderman, session « Shift Left Without Shifting Gears », AxeCon 2026. Replay : deque.com/axe-con