Mali Fernando a commencé sa session à l'AxeCon 2026 par une image qui m'a arrêté net : lui, présentant les résultats du programme accessibilité de HSBC devant le conseil d'administration de la banque, avec des chiffres business. Pas des arguments moraux, que nenni, des chiffres, des clients fidélisés et le graal de l'argumentation pour nous : annoncer un retour sur investissement mesurable.

Je mûris cette conviction depuis deux ou trois ans, et là, j'avais enfin l'exemple concret qui l'illustrait parfaitement. Tu peux me dire que c'est un biais de confirmation si tu veux. Moi j'appelle ça validation par l'expérience (rire diabolique).

Le militant que j'étais

Pendant longtemps, j'ai cru qu'on ne pouvait convaincre que par l'affrontement frontal, en portant l'argument moral comme un étendard. L'accessibilité est un droit fondamental, point barre : si tu ne le vois pas, je t'explique jusqu'à ce que tu le voies.

C'est une posture honorable et que je respecte encore aujourd'hui, mais c'est aussi une posture épuisante. D'expérience aussi souvent inefficace, voire contre-productive.

Parce que dans une salle de réunion, face à un directeur financier qui pense en trimestres et en marges, l'argument moral seul ne sera que le coin dans la porte. Pas parce que la personne est mauvaise, juste parce qu'elle parle une autre langue.

Je vais avoir 50 ans dans quelques mois. L'âge m'a rendu moins naïf peut-être, et j'ai switché.

Utiliser les mêmes armes

Ma conviction aujourd'hui : pour se battre efficacement, il faut utiliser les mêmes outils que ceux qu'on cherche à convaincre. Parler le langage du business quand c'est nécessaire. Montrer le retour sur investissement. Chiffrer l'impact. Construire le business case.

Ce n'est pas une trahison de mes valeurs. C'est une évolution de mes méthodes.

Et le résultat ? Ces personnes que j'aurais affrontées, je les transforme en alliés. Des directeurs financiers qui deviennent des sponsors internes de l'accessibilité, ou des responsables RH qui intègrent l'inclusion dans leurs indicateurs. Des dirigeants qui présentent l'accessibilité comme un avantage concurrentiel devant leurs actionnaires.

Exactement comme HSBC.

Je ne suis pas forcément bien vu par cette prise de position dans certains cercles militants. Je l'assume à 200 %.

Ce que HSBC démontre vraiment

HSBC a construit quelque chose de rare de mon point de vue : un programme d'accessibilité qui ne dépend pas de la conviction morale de ses porteurs pour survivre. Quand les porteurs changent, le programme continue. Il est ancré dans la stratégie, mesuré par des indicateurs business, soutenu à tous les niveaux.

C'est l'objectif ultime de tout évangéliste accessibilité : rendre son travail indépendant de sa présence.

Chez Urbilog, c'est ce que j'essaie de construire à chaque mission. Pas juste livrer un audit, faire un peu d'accompagnement et espérer revenir faire encore et toujours les mêmes choses. Aujourd'hui, notre position est de former les équipes pour qu'elles continuent sans nous. Ancrer les pratiques dans les processus. Faire en sorte que dans trois ans, l'accessibilité soit une habitude, pas un projet. Sans disparaître bien sûr, mais en devenant l'expert qui accompagne dans la vie de tous les jours, les évolutions, les tests utilisateurs et l'inclusion.

Pour finir

Mali Fernando conclut avec Chong Chen Yao, client aveugle de HSBC à Hong Kong. On le voit gérer ses finances, transférer de l'argent à sa fille, naviguer seul sur l'application, en totale autonomie et sans aide. Tout ça, parce que quelqu'un a décidé que son expérience comptait.

L'argument moral et l'argument business ne s'opposent pas. Les meilleurs arguments sont ceux qui sont les deux à la fois.

C'est pour ça que je fais ce métier. Et c'est pour ça que j'ai changé ma façon de le faire.

Cet article fait partie d'une série de retours sur l'AxeCon 2026, la conférence internationale sur l'accessibilité numérique organisée par Deque.

Source : Mali Fernando (HSBC), AxeCon 2026. Replay : deque.com/axe-con.