Mon propre site affiche 100 sur 100 dans PageSpeed Insights. J’en suis content. Mais ce chiffre ne prouve pas que mon site est accessible.
Je vois souvent passer la même confusion, dans des cahiers des charges, des comptes rendus de recette ou des échanges avec des équipes : « Notre score Lighthouse est de 95, le site est accessible. » Ce n’est pas le cas. Ces deux mesures ne répondent pas à la même question.
Pour le montrer, j’ai pris un exemple réel : la page d’accueil d’un site audité récemment selon le RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité). La page n’a pas été modifiée depuis l’audit. Je l’ai passée dans Lighthouse.
Que mesure vraiment Lighthouse ?
Lighthouse est l’outil d’analyse de Google, intégré au navigateur Chrome et à PageSpeed Insights. Sa partie accessibilité repose sur axe-core, une bibliothèque de tests automatiques.
Quelques points à connaître :
- Lighthouse ne lance qu’une sélection de tests : ceux qu’une machine peut trancher seule.
- Chaque test est réussi ou échoué, sans demi-mesure.
- Le score est une moyenne pondérée : chaque test a un poids selon l’impact estimé sur les personnes.
- Lighthouse liste aussi des points « à vérifier manuellement ». Ces points ne comptent pas dans le score.
- L’analyse porte sur une seule page, dans un seul état : celui du chargement, sans clic ni navigation au clavier.
Un score de 94 ne veut donc pas dire « 94 % accessible ». Il veut dire : parmi les tests automatiques applicables, une part pondérée est réussie.
Que mesure un audit de conformité RGAA ?
Le RGAA est le référentiel officiel en France. Il compte 106 critères, issus des règles internationales WCAG (Web Content Accessibility Guidelines).
Un audit de conformité :
- porte sur un échantillon de pages représentatif du site ;
- vérifie chaque critère à la main, avec le code, le clavier et des lecteurs d’écran ;
- donne pour chaque critère un résultat : conforme, non conforme ou non applicable ;
- calcule un taux : nombre de critères conformes divisé par nombre de critères applicables.
C’est ce taux, et pas un score d’outil, qui figure dans la déclaration d’accessibilité.
Pourquoi 94 sur 100 ne veut pas dire conforme ?
Voici les deux résultats, pour une seule et même page : la page d’accueil.
Lighthouse : 94 sur 100. Deux tests en échec :
- des contrastes de couleur insuffisants sur 18 éléments ;
- deux liens sans nom accessible.
Audit RGAA : taux de conformité de 67 %. La page compte 20 critères non conformes, dont 11 avec au moins une anomalie bloquante.
Les deux erreurs relevées par Lighthouse correspondent à des types d’erreurs déjà relevés par l’audit. L’outil n’a donc rien trouvé de nouveau. En revanche, il est passé à côté de presque tout le reste.
Ce que Lighthouse ne voit pas sur cette page :
- Le clavier. Le menu, un accordéon, une liste de choix et une fenêtre modale ne s’utilisent pas sans souris. La position du focus est invisible ou à peine visible.
- Le lecteur d’écran. Le menu, les carrousels et la liste de choix sont mal restitués. Certains boutons ont un nom en anglais sur une page en français.
- Les vidéos. Les vidéos intégrées n’ont pas de transcription, ne sont pas identifiables et ne se pilotent pas au clavier.
- La perception. Les puces des carrousels signalent la diapositive active par la couleur seule. Du texte est posé sur des images de fond. Certains éléments graphiques sont trop peu contrastés.
- L’affichage. La recherche disparaît avec un zoom à 200 %, dans une fenêtre étroite et en mode portrait.
- La structure. Des listes ne sont pas balisées comme des listes, des balises servent à la mise en page.
Même sur les contrastes, son terrain, Lighthouse reste partiel : il ne mesure ni le texte posé sur une image, ni le contraste du focus, ni celui des éléments graphiques.
Une personne qui navigue au clavier ou avec un lecteur d’écran est bloquée sur cette page. Le score de 94 ne le montre pas.
Lighthouse sert-il quand même à quelque chose ?
Oui, et je l’utilise. À condition de lui donner le bon rôle :
- Un filet de sécurité pendant le développement. Il attrape vite les erreurs simples : image sans alternative, lien vide, contraste du texte, langue de la page absente.
- Un garde-fou dans l’intégration continue. Un score qui baisse signale une régression.
- Un point d’entrée pour sensibiliser. Il montre aux équipes que l’accessibilité se mesure.
Ce qu’il ne fait pas : dire si un site est utilisable par une personne en situation de handicap, ni s’il respecte la loi.
Un score de 100 est un point de départ, pas une ligne d’arrivée.
À retenir
- Un score Lighthouse mesure des tests automatiques sur une page. Un taux RGAA mesure la conformité d’un site, critère par critère, vérifiée par une personne.
- Sur une même page, 94 sur 100 dans Lighthouse peut cohabiter avec un taux de conformité de 67 %, 20 critères non conformes et un blocage au clavier.
- Utilisez Lighthouse pour corriger tôt. Faites auditer pour savoir où vous en êtes.
Sources
- Score d’accessibilité Lighthouse — documentation Chrome for Developers
- Critères et tests du RGAA — accessibilite.numerique.gouv.fr
- Building the most inaccessible site possible with a perfect Lighthouse score — Manuel Matuzović